Du dévouement au désengagement : la subjectivité à l’épreuve du soin dans l’œuvre de Simone de Beauvoir.

Thèse de doctorat rédigée sous la direction d’Estelle Ferrarese, soutenue à l’Université de Picardie Jules Verne le 26 novembre 2025 en présence de Sylvie Chaperon, Penelope Deutscher, et Matthieu Renault, membres du jury.

Résumé :

Leur assignation au soin est constitutive du maintien des femmes et des personnes racisées en situation d’oppression. Cependant, la soustraction de certaines personnes à ces activités en vue de leur émancipation individuelle entraîne nécessairement leur prise en charge par d’autres, souvent moins privilégiées.

Dans ces conditions, comment penser des formes d’émancipation qui ne reposent pas sur un rejet de ces activités, ni des vulnérabilités auxquelles elles nous permettent de répondre ?

À partir d’une lecture de l’œuvre beauvoirienne, ma recherche doctorale visait en particulier à penser l’impact de nos pratiques de soin sur notre exercice et sur nos conceptions de la subjectivité, ainsi que sur notre capacité d’agir.

Au cours de ce travail de recherche, je suis tout d’abord revenue sur la mise en évidence par Beauvoir des effets néfastes de l’assignation au soin sur la capacité des femmes qu’elle décrit à exercer leur subjectivité. Sans compter le temps et les ressources qu’elles accaparent, Beauvoir montre dans Le Deuxième Sexe et La Vieillesse que les pratiques de soin et la prise de conscience de notre vulnérabilité qu’elles induisent peuvent générer un sentiment d’impuissance, qui fragilise notre capacité d’agir et d’élaborer des perspectives critiques émancipatrices.

Pour autant, à partir du travail mené par Beauvoir sur les conduites de désengagement dans La Vieillesse, j’ai cherché à montrer que la préservation de notre capacité d’agir et d’exercer notre responsabilité repose moins sur notre déni de ces réalités que sur notre capacité à surmonter les affects qu’elles provoquent, ainsi que leur charge paralysante.

Cette lecture de l’œuvre beauvoirienne au prisme du soin m’a en particulier permis de penser à nouveaux frais la subjectivité à laquelle il nous faudrait aspirer afin de préserver nos engagements contre le sexisme, le racisme et le validisme :

·    En rappelant que si les pratiques de soin et de service ont parfois des effets néfastes sur notre subjectivité et sur notre agentivité, il en est de même du privilège et du recours à l’indifférence qui le sous-tend.

·    En montrant que dans certaines conditions, ces pratiques sont le lieu de valorisations morales, qu’elles nous permettent de développer notre conscience de l’ambiguïté et de renforcer notre sentiment d’appartenance au monde.

·     En refusant d’opposer l’émancipation à la dépendance, ni de la conditionner à son dépassement. Dans cette perspective, l’émancipation doit précisément nous permettre de ne plus avoir à vivre la dépendance comme un facteur d’altérisation.

Lire la thèse en ligne :

https://hal.science/tel-05544548v1/file/Thèse%20HUMBERT%20Héloïse%20AJ%20décembre.pdf